Selon une étude australienne du CSIRO, des précipitations réduites pendant l’hiver et une réserve utile vide à la reprise de la croissance retardent le débourrement et diminuent le rendement jusqu’à 40 %. Des conditions de sol trop sèches peuvent également provoquer des troubles de la croissance. Par exemple, dans le centre de la Californie, la sécheresse hivernale de 2021 a eu de graves conséquences sur les vignobles. De nombreux producteurs ont signalé un retard de croissance, une faible croissance et l’avortement des fruits. Certains vignobles gravement touchés ont subi une perte de rendement substantielle.

Le problème est connu sous le nom de « delayed spring growth» dans les pays anglosaxons et il est souvent causé par le manque d’humidité du sol. Il en résulte un flétrissement des bourgeons, un retard de croissance et, dans les cas les plus graves, la coulure et l’avortement des jeunes fruits. Ils sont est en partie due à une atteinte vasculaire causées par des conditions sèches. Les bourgeons dormants se déshydratent pendant l’hiver et ont des connexions vasculaires relativement faibles avec le reste de la vigne. Le flux de sève printanière (les pleurs de la vigne) aide à résoudre les embolies vasculaires qui pourraient se former pendant l’hiver et aide à réhydrater les bourgeons. Cependant, lorsque le sol est trop sec ou que la réserve en sucres est trop faible, ce processus peut être altéré et les pousses mal connectées ne reçoivent pas un apport suffisant à la reprise de la croissance, même si l’humidité du sol est ensuite rétablie.

Coulure

Une autre conséquence de la sécheresse du sol en hiver et au printemps est l’inhibition de la formation de racines fines. Les racines fines sont des racines non ligneuses à vie courte avec de très petits diamètres < 1 mm. Elles sont importantes pour l’acquisition des ressources et pour les interactions microbiennes. Leur croissance est stimulée par une demande accrue en sucres de la plante (au printemps, par exemple) mais est aussi fortement limitée par le manque d’humidité du sol. Pour cette raison, la sécheresse en début de saison peut entraîner une diminution de l’absorption des éléments nutritifs et provoquer des carences.

Ces conséquences ne sont pas homogènes dans les vignobles. Comme seules certaines pousses sont affectées par des problèmes vasculaires et que les zones sèches des sols sont souvent réparties de manière hétérogène en fonction de la variabilité du sol, ces effets peuvent désynchroniser le débourrement et les phases phénologiques suivantes, rendant les opérations viticoles plus compliquées.

Changement climatique, fourmis et sécheresse hivernale: un terrible mélange pour votre système d’irrigation

En plus de ses effets néfastes sur la croissance des plantes, la sécheresse hivernale est à l’origine d’un autre problème dans les vignobles : la rupture et la défaillance des systèmes de goutte à goutte enterrés.

Ces dernières années, de nombreux vignobles du sud de la France ont signalé des dommages et des pannes de systèmes d’irrigation au début de la saison de croissance. Cela s’est produit uniquement pour les systèmes de goutte à goutte enterrés et après des hivers plus secs et plus chauds que la moyenne comme 2019. Des enquêtes approfondies ont révélé que les émetteurs d’eau le long de la tuyauterie sont endommagés par des fourmis du sol qui recherchent de l’eau à la fin du repos hivernal.

Lorsque les fourmis ne trouvent pas d’eau dans le profil du sol, elles entrent dans le système d’irrigation et en perforent les membranes pour entrer dans les conduites d’eau. Le phénomène a été particulièrement prononcé ces dernières années et alimenté par le changement climatique.

Chez la plupart des espèces méditerranéennes et tempérées, les fourmis cessent de chercher de la nourriture et deviennent inactives en hiver. Parce que leurs activités sont fortement réduites, elles peuvent survivre avec leurs réserves d’énergie pendant quelques mois. Cet état métabolique est appelé « diapause ». L’augmentation de la température au cours des premiers mois du printemps pousse les fourmis à réémerger de leurs chambres, les incitant à rechercher de nouvelles sources de nourriture et d’eau. Au cours des dernières années, des températures hivernales record ont favorisé une activité plus précoce des fourmis, à l’intérieur de sols secs qui n’avaient pas encore été irrigués. Le manque d’humidité a poussé les fourmis dans les systèmes d’irrigation où les dégâts ont été causés.

De nombreuses espèces de fourmis différentes vivent dans les sols méditerranéens, mais seules quelques-unes sont suffisamment petites pour pénétrer dans les émetteurs et se promener dans le système. Dans le sud de la France, les coupables ont été identifiés comme appartenant au genre Solenopsis .

Les coupables : fourmis du genre Solenopsis.

Comment protéger son vignoble : l’importance de l’irrigation hivernale

Compte tenu des effets néfastes que peut avoir une sécheresse excessive du sol en hiver, il est important de s’assurer que les sols conservent leur humidité pendant le repos hivernal et sont prêts à supporter une reprise de croissance saine au moment du débourrement. 

Pendant les mois d’hiver, les producteurs doivent évaluer l’humidité du sol, examiner les prévisions météorologiques et déterminer si une irrigation hivernale peut être nécessaire. Si le sol est sec, qu’aucune précipitation importante ne s’est produite et qu’aucune n’est prévue, alors l’irrigation est recommandée. Les vignes utilisent beaucoup moins d’eau pendant la saison de dormance que pendant la saison de croissance, et des températures plus basses diminuent l’évaporation du sol, de sorte qu’une seule irrigation sera souvent nécessaire en janvier ou février.

Les experts en irrigation conseillent d’effectuer une « irrigation technique » pour remplir la réserve utile et ainsi gérer les éventuels troubles de croissance et éviter que les fourmis n’endommagent les systèmes d’irrigation souterrains. Pour savoir exactement quand et combien de temps irriguer, une connaissance précise de la texture et de la profondeur du sol et l’évaluation de sa capacité de stockage d’eau sont très utiles. Ces informations peuvent être fournies par des modèles agronomiques et des OAD d’irrigation comme Vintel.

Qu’est-ce que l’enherbement ? Quels en sont les avantages ? Les inconvénients ? Quelles espèces choisir ? Quels éléments prendre en compte pour le gérer ?… L’enherbement est un sujet complexe qui suscite de nombreuses questions, si bien qu’il est parfois difficile de s’y retrouver. Voici 10 choses à savoir sur l’enherbement de la vigne ! 

1. L‘enherbement désigne la culture d’un tapis végétal

L’enherbement consiste à cultiver un tapis végétal au pied d’une culture verticale (vigne, verger, houblonnière…). Ce couvert végétal peut être naturel ou semé, temporaire ou permanent, implanté tous les rangs ou non. Il constitue une alternative au désherbage chimique et au travail du sol.

Cette technique n’est pas nouvelle puisqu’il y a 2000 ans, les Romains la pratiquaient déjà.
En effet, jusqu’aux années 1930, ce mode d’entretien des sols viticoles était considéré comme une bonne pratique viticole, ayant des effets positifs sur le sol du vignoble.

Plus tard, le développement des engrais minéraux, la mécanisation, et une accrue conscience de la concurrence nutritive et hydrique entre « l’herbe » et la vigne ont fait régresser l’enherbement. Depuis les années 70, le désherbage chimique a été adopté par la grande majorité des vignobles en France.

2. L’enherbement favorise la vie biologique du sol

L’enherbement représente une source importante de matière organique qui favorise la vie biologique du sol. Il crée un biotope propice à la formation d’humus et au développement de la faune et de la flore.

3. L’enherbement protège les sols de l’érosion et limite le transfert de pesticides

De plus, les études démontrent que l’enherbement peut limiter le développement du Botrytis, ou « pourriture grise », une maladie fongique qui est favorisée par l’humidité.  Comme les trois quarts des applications phytosanitaires sont destinées à lutter contre les maladies fongiques, l’enherbement pourrait avoir un effet indirect sur l’utilisation de pesticides.

4. L’enherbement crée une concurrence

L’enherbement crée une concurrence hydro-azotée entre le couvert végétal et la vigne. Fortement influencée par le climat – notamment par l’ensoleillement et la pluviométrie –, cette concurrence doit être maîtrisée et adaptée aux objectifs visés. Si elle est trop forte, la vigne subira un stress hydrique trop important et ne disposera pas de la quantité d’azote appropriée.

La concurrence engendrée par l’enherbement s’exerce au moment de la croissance végétative de la vigne et lors de la maturation des baies. Ainsi, elle débute à partir du débourrement et s’accentue à la floraison. En période de repos végétatif (en automne et en hiver), il n’y a pas de concurrence entre la surface enherbée et la vigne.

Si la concurrence hydro-azotée est trop importante, elle peut représenter un risque pour la vigne. Aussi, pour maîtriser la concurrence, il est possible d’ajuster la largeur de l’enherbement ou d’irriguer. Attention toutefois : pour être efficaces, doivent être entreprises au bon moment.

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5. L’enherbement est déconseillé pour les jeunes vignes

En raison de cette concurrence hydro-azotée, l’Institut français de la vigne et du vin (IFV) déconseille d’enherber les jeunes vignes de moins de 3 ans. Les plans ne sont en effet pas assez développés pour puiser l’eau et les éléments nutritifs suffisamment profondément.

A l’exception des parcelles particulièrement vigoureuses, l’enherbement ne doit pas être envisagé avant la 4e ou la 5e année. Des bandes enherbées peuvent néanmoins être plantées autour de la parcelle afin de limiter l’érosion.

6. L’enherbement permet de maîtriser la vigueur de la vigne

L’enherbement peut être utilisé pour limiter les problèmes liés à une vigueur excessive de la plante. La concurrence hydro-azotée se traduit en effet par une réduction de la vigueur de la vigne et des rendements. Ainsi, en pilotant son enherbement, le viticulteur gagne en maîtrise, ce qui lui permet d’améliorer la qualité de ses vins.

7. L’enherbement peut contribuer à améliorer la qualité des vins

L’enherbement peut influencer la composition des baies. La teneur en azote des raisins et leur maturation sont en effet modifiées par la concurrence entre le couvert végétal et la vigne. L’enherbement impacte ainsi la qualité des vins : arômes, volume en bouche, degré d’alcool, structure… La qualité olfactive des vins de type pinot s’améliore par exemple avec l’augmentation de la concentration azotée.

L’enherbement peut améliorer la qualité des vins

8. L’enherbement a des effets très différents d’une espèce à l’autre

Selon le type d’herbe plantée, l’enherbement aura des effets très différents sur la vigne. Aussi, le choix des espèces doit être minutieux : le viticulteur doit prendre en compte les objectifs de l’enherbement – concurrence, structure du sol, maîtrise de la vigueur, qualité des baies… Le critère le plus important pour définir l’espèce ou les espèces d’herbes à planter est la concurrence souhaitée ou acceptable par parcelle. Les autres éléments permettent ensuite d’affiner le choix de l’espèce.

Aussi, les espèces les moins concurrentielles pour la vigne sont les légumineuses et les graminées. Leur cycle se termine en effet au mois de mai : elles disparaissent donc pendant la saison estivale ce qui évite toute concurrence hydrique lors des plus fortes chaleurs.

A ne pas négliger : l’enherbement spontané. Il s’agit en effet souvent de l’option la plus simple (et la moins coûteuse). Les espèces présentes sur les parcelles sont, par nature, adaptées au climat et à la structure du sol. Par ailleurs, il est plus facile de détruire une bande d’enherbement spontané, ce qui représente un avantage non négligeable dans la gestion de la concurrence.

9. L’enherbement concerne 52% de la surface du vignoble national

Le dernier rapport de l’Agreste (Graph’agri 2021) rappelle qu’en 2016, 52% de la surface du vignoble national pratiquait l’enherbement sur l’inter-rang, partiel ou total. Selon les bassins viticoles, cet enherbement pouvait être très hétérogène, de 24% en Bourgogne à 99% en Dordogne.

De plus, les vignobles méditerranéens ne pratiquent que peu l’enherbement. La raison ? Les viticulteurs craignent une concurrence trop importante pour la vigne, notamment en matière de stress hydrique.

10. L’enherbement peut être piloté grâce à des outils

Certains viticulteurs se privent des bénéfices de l’enherbement pour éviter toute concurrence hydrique, alors même que cette concurrence pourrait être soutenable pour la vigne. En outre, il est aujourd’hui possible de piloter l’enherbement grâce à la connaissance du statut hydrique des parcelles.

Soucieux de faciliter le pilotage du statut hydro-azoté des végétaux, ITK a développé une solution digitale intelligente : Vintel. L’OAD Vintel® permet de piloter en temps réel l’irrigation et la fertilisation azotée selon les besoins en eau et en azote de la vigne. La solution fournit aux viticulteurs une connaissance précise du statut hydrique et azoté des parcelles, pour une meilleure gestion du vignoble… et de l’enherbement, le cas échéant !

De plus, pour les régions irrigables, Vintel fournit des recommandations d’irrigation adaptées à chaque parcelle et profil de vin, à partir de modèles agro-environnementaux et d’intelligence artificielle. A la clé : optimisation du rendement, suivi du profil organoleptique, amélioration de la sélection parcellaire, économies d’eau…

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